[Confidentiel]: tensions entre Trump et Macron sur les cas Ayuk Tabe et Cie

1.jpgJeudi, 17 mai dernier. Le président de la République, Paul Biya, reçoit en audience au palais de l’Unité à Yaoundé, l’ambassadeur des Etats-Unis au Cameroun, Peter Henry Barlerin.

Le diplomate américain allait on seulement transmettre au chef de l’Etat, les félicitations du président américain, Donald Trump, à l’occasion de la célébration de la fête e l’Unité, mais aussi lui réitérer les préoccupations des autorités américaines, au sujet de l’avenir politique du Cameroun et de la crise sécessionniste qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest.

Sur la guerre que mène l’armée contre les sécessionnistes, le diplomate pointe « des assassinats ciblés, des détentions sans accès à un soutien juridique, à la famille ou à la Croix rouge, des assassinats et des pillages de villages » de la part des soldats camerounais.

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Des dérives des miliciens de l’Ambazonie sont également dénoncées. Cette position reflète les sorties antérieures des autorités américaines. Les Etats-Unis sont en effet restés fidèles à leur position de départ. « Le recours à la force exercé par le gouvernement camerounais pour restreindre la liberté d’expression et interdire les manifestations pacifiques est inacceptable », avait déjà réagi le département d’Etat au lendemain des manifestations du 01er octobre dernier dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest.

Fracture

Deux jours après cette sortie – le 19 mai -, c’est le président français, Emmanuel Macron, qui écrit à son homologue camerounais pour le féliciter à la même occasion. Tout en saluant le caractère « unique » des relations entre la France et le Cameroun « par leur richesse, leur diversité et leur ancienneté », le président français, dans cette correspondance qui se situe aux antipodes des déclarations au vitriol de Washington, souhaite que celles-ci se renforcent encore davantage à l’avenir.

« Je souhaite également vous dire la solidarité de la France face aux crimes commis contre notamment les représentants de l’Etat, dans le contexte de tensions que connaissent les régions anglophones du Cameroun. Je forme le vœu que ces tensions puissent être résorbées de manière pacifique et concertée, dans le strict respect de l’unité et de l’intégrité de votre pays », ajoute Emmanuel Macron.

Dans le propos de l’Elysée, il apparait clairement que la France est contre toute idée de sécession au Cameroun.

Non seulement elle évite d’aborder la question de l’alternance ou de la succession de Paul Biya, mais l’ancienne métropole du Cameroun oriental fait également l’impasse sur les exactions supposées de l’armée camerounaise dans les zones anglophones depuis le déclenchement de la crise. Ce qui traduit pour une partie de l’opinion plus ou moins acquise à la cause sécessionniste, un soutien évident aux autorités de Yaoundé de la part de la France dans cette guerre. Suffisant pour que le message d’Emmanuel Macron bénéficie d’un écho retentissant dans les médias publics.

Ces points de divergence qui apparaissent de plus en plus entre les Etats-Unis et la France au sujet de la crise anglophone pourraient-ils se prolonger sur la question de l’alternance ?

Quelle pourrait être la réaction de Paris au cas où Washington ou la Communauté internationale viendrait à prendre des sanctions contre le Cameroun pour violation des droits de l’Homme ? Pour le politologue Mathias Eric Owona Nguini, il n’y a pas d’opposition « absolue » entre les Etats-Unis et la France.

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Pour les Américains,« il y a un élément de solidarité culturelle venant de l’anglophonie; et quant à la France, elle sait bien qu’une bonne partie du discours de l’autonomisme anglophone est anti-francophone et anti-français. Donc, elle est assez prudente quant à la situation […]. Ce n’est pas seulement une question de défense des intérêts économiques, mais il y a aussi l’opposition culturelle qui entre en jeu », analyse-t-il.

Le débat s’emballe autour de ce soutien dans un contexte où des documents récemment déclassifiés et publiés par le journal « Intégration » font état d’un projet d’assimilation du Cameroun anglophone par celui francophone après la Réunification ; projet fortement appuyé par l’Hexagone. Ces câbles diplomatiques avaient été envoyés au Quai d’Orsay par des diplomates français en poste au Cameroun entre 1961 et 1985.

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